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L’archimandrite Syméon promu chevalier de l’Ordre National du Mérite

 

Corinne Orzechowski, préfète de la Sarthe, a remis les insignes de chevalier de l’Ordre National du Mérite à l’Archimandrite Syméon, higoumène du monastère Saint-Silouane, patriarcat de Constantinople, le 4 mars 2016 lors d’une cérémonie au monastère Saint-Silouane à Saint-Mars-de-Locquenay.

 

Père Syméon,
Mesdames et Messieurs,

En ma qualité de représentante du ministre des cultes dans le département, c’est avec le plus grand plaisir, Père Syméon, que je vais vous remettre ce soir les insignes de chevalier de l’ordre National du Mérite. Et aussi, avec beaucoup d’admiration. Vos mérites que je vais détailler comme le veut la tradition, s’expriment au travers d’un engagement fervent et continu. Un choix de vie assumé, réfléchi et dans lequel transparaît votre personnalité riche et emprunte de spiritualité.

En vous remettant cette décoration qui consacre la reconnaissance de la République à votre égard, c’est le monastère Saint-Silouane tout entier qui est honoré. C’est si vrai pour vous avez souhaité que la cérémonie de remise soit organisée ici, à Saint-Mars du Locquenay afin de « partager cet Ordre national du Mérite » avec les membres de votre communauté.

Beaucoup de responsables ecclésiastiques, de personnalités politiques, d’acteurs associatifs, un grand nombre d’amis, sont également là, ce soir, autour de vous. Nous allons partager un moment intense et joyeux aussi.

Même si vous êtes né à Levallois-Perret en 1942, vous revendiquez vos origines bretonnes, du Guilvinec dans le Finistère.

En étudiant votre parcours, je crois que trois mots peuvent le résumer : un cheminement, un monastère et une parole.

Un cheminement personnel qui vous conduit à l’orthodoxie de tradition russe

Attiré par la vie monastique, vous êtes moine catholique à Cîteaux de 1965 à 1974 avant de retourner dans la vie civile, pour mieux réfléchir sur votre vocation religieuse.

Ainsi, de 1976 à 1990, vous occupez l’emploi de conseiller professionnel et d’assistant social auprès des personnes privées d’emploi aux ASSEDIC des Hauts-de-Seine. Ces années vous confrontent à des situations personnelles parfois difficiles tout en vous encourageant à persévérer dans votre cheminement spirituel qui vous conduit vers le christianisme orthodoxe, auquel vous vous convertissez en 1979.

Parallèlement à votre vie professionnelle, l’appel de la vocation se formalise dans la voie sacerdotale et monastique à travers les différentes étapes du cursus propre à l’orthodoxie : postulant moine en 1985, prêtre en 1986 ordonné par Mgr Vladimir Sabodan, évêque de Chersonèse. Vous êtes l’un des vicaires de la paroisse Notre-Dame Joie des Affligés et Sainte Geneviève de la rue Saint-Victor à Paris 5ème qui relève du patriarcat de Moscou.

En 2008, vous êtes autorisé canoniquement à rejoindre l’autre pôle de l’orthodoxie de tradition russe en France, à savoir l’exarchat du patriarcat œcuménique de Constantinople dont l’autorité hiérarchique en France est alors Mgr Gabriel de Vylder (en religion Gabriel de Comane), archevêque des Eglises orthodoxes russes en Europe occidentale.

Vous êtes le fondateur d’un monastère orthodoxe promis à un rayonnement

Le 1er août 1990, vous vous lancez dans l’aventure de la création d’un monastère placé sous le vocable de Saint Silouane l’Athonite (1866-1938), moine russe qui vécut au Mont Athos en Grèce.

Vous choisissez la commune de Saint-Mars-de-Locquenay, pour abriter votre jeune communauté qui ne compte à l’époque que le fondateur père et deux novices.

Aujourd’hui, une quinzaine de membres y vivent. C’est d’ailleurs le seul monastère orthodoxe pour les régions Bretagne et Pays de la Loire. C’est aussi un monastère mixte, cas de figure peu courant parmi les 24 monastères relevant de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.

Fidèle à la tradition du monachisme chrétien, votre monastère se veut une communauté d’accueil ouverte aux autres, un témoignage de la présence de la foi. Vous rappelez que le message évangélique s’adresse à tous, notamment ceux qui souffrent.

Sans l’avoir cherché, votre monastère a accueilli, de façon individualisée, plusieurs personnes en souffrance et en difficulté : comme un prévenu à la demande du juge d’application des peines, deux femmes prostituées confiées par l’association Le nid pour leur protection à leur sortie des réseaux, deux réfugiés politiques biélorusses jusqu’à leur régularisation, un jeune sidéen étranger ainsi que des familles en difficulté.

Vous avez tout mis en œuvre afin que le monastère s’insère au mieux dans la vie de la commune en entretenant de bonnes relations avec les élus et la population. D’importants travaux de restauration dans le respect du style local et avec le concours des artisans ont contribué à l’embellissement du lieu qui était une ancienne ferme abandonnée. Le monastère participe ainsi, à sa manière, au rayonnement du village.

Compte tenu de votre implantation dans l’Ouest de la France, vous avez essaimé religieusement en fondant deux nouvelles paroisses pour l’archevêché précité, l’une à Brest (paroisse Saint apôtre Jacques, frère du Seigneur), l’autre à Angers (paroisse de l’Annonciation) dont vous êtes le desservant. Vous êtes aussi actuellement recteur, à titre provisoire, de la paroisse orthodoxe Saint-Basile et Saint-Alexis de Nantes. Vous êtes également président d’honneur de l’association orthodoxe Sainte-Anne qui existe depuis 2001.

Au sein de l’archevêché, vous exercez plusieurs responsabilités.

Ainsi, en 2010, vous avez été élu membre du conseil diocésain pour un mandat de six ans. En 2011, vous avez été désigné responsable de l’un des six doyennés qui fractionnent la France, à savoir le doyenné de l’Ouest qui regroupe 10 paroisses et le monastère Saint Silouane.

Vous êtes un religieux qui diffuse les valeurs chrétiennes

Disciple des archimandrites Sophrony Sakharov (1896-1993) et Syméon de Maldon (1928-2009) qui ont popularisé la figure de Saint Silouane l’Athonite, qui a été canonisé par le patriarcat de Constantinople en 1987, vous diffusez leurs enseignements en exerçant activement la présidence de l’association Saint Silouane pour la France et l’Europe occidentale. Dans cette filiation spirituelle, vous avez rédigé plusieurs articles de nature religieuse.

Votre notoriété de conférencier vous vaut d’être invité par des publics très divers, notamment les différentes composantes de l’orthodoxie française et occidentale, ainsi au 14ème congrès orthodoxe en Europe occidentale, à Strasbourg, le 9 juin 2012.

Votre dimension interreligieuse et interculturelle n’est pas absente puisque vous avez tenu, à l’Institut des hautes études islamiques de Paris le 13 mai 1995, une conférence sur la tradition hésychaste, et une autre à l’UNESCO le 7 février 2009 sur le vécu de la tradition et de la spiritualité orthodoxe en France.

Vous répondez fréquemment à des invitations « grand public ». Vous participez en effet à des émissions religieuses radiophoniques comme Orthodoxie, diffusée sur France Culture (pas moins de 11 interventions entre 2007 et 2010), et Ecoute dans la nuit, sur Radio Notre-Dame, ou télévisées comme L’orthodoxie ici et maintenant de la chaîne KTO.

Le dialogue œcuménique figure parmi vos préoccupations. Il est attesté de façon concrète par l’hospitalité que vous pratiquez au monastère qui accueille des retraitants de toutes confessions (des chrétiens, mais aussi des personnes hindouistes, bouddhistes et musulmanes). Le concept orthodoxe de l’unité dans la diversité se vérifie avec votre participation active à la Semaine pour l’unité des chrétiens à Toulouse en 2012 aux côtés des religieux dominicains et à Angers en 2014 avec des ecclésiastiques catholiques et protestants. Cette amitié a d’ailleurs permis que le culte orthodoxe, dans deux chapelles catholiques, soit célébré à Brest et à Angers.

En résumé, vous êtes le symbole de la « rencontre avec l’autre », le symbole d’une organisation pacifique et pacifiée du « vivre ensemble » qui laisse à chacun la possibilité de s’épanouir dans sa foi et dans son rapport au spirituel. Vos paroles sonnent juste après les dramatiques évènements que nous avons vécus l’an passé.

Père Syméon, je vais maintenant vous remettre les insignes de chevalier dans l’Ordre National du Mérite, qui sont la juste récompense de vos qualités exceptionnelles, la juste récompense de tous les services rendus à votre prochain.

Corinne Orzechowski, préfète de la Sarthe
Seul le prononcé fait foi.